DAREDEVIL : Sous l'aile du diable

Daredevil-kevin-smith-3Apres une période particulièrement intense, la vie de Matt Murdock alias Daredevil, s'est temporairement calmée: Il est à nouveau avocat en compagnie de son fidèle ami Foggy Nelson et vit une relation avec la douce Karen Page. L'apparition d'une jeune inconnue poursuivit par des hommes de mains, lui confiant un bébé, va cependant perturber ce bel équilibre. Les événements négatifs s’enchaînent rapidement pour former une dynamique troublante, renforcée par la révélation d'un sinistre et mystérieux individu  au courant de sa double vie: Ce bébé est l'antéchrist et doit lui être retiré sous peine que tout s'effondre à nouveau dans sa vie.

daredevil-kevin-smith-5Avant d’être le big boss de la maison des idées, Joe Quesada avec l'aide de son équipe restreinte, parmi lesquels le bon lieutenant Jimmy Palmiotti,  fut en charge de relancer quelques personnages estampillés Marvel, oubliés sur le bas coté depuis quelques temps. La ligne en question répondait au doux nom de MARVEL KNIGHTS et se voulait avant-gardiste et novatrice dans le ton résolument adulte et réel,  comme dans la créativité (redonner le contrôle aux  créatifs en quelque sorte) . Elle était composée des nouvelles moutures de Black Panther (honnête), du Punisher (une catastrophe sans nom), des Inhumains (une merveille sur laquelle je reviendrai une fois prochaine), et donc de notre fidèle tête à cornes. Daredevil faisait un peu figure d'intrus dans cette logique de dépoussiérage de vieux personnages car il y a peu encore, il était sous les feux de la rampe de façon magistrale, après les runs monstrueux des Miller, Mazzuchelli, Lee Weeks,  Ann Nocenti et autre John Romita Jr, mais l'inscrire dans la ligne urbaine-cool des MK permettait de re-propulser une nouvelle fois le personnage en tête de gondole MARVEL pour la plus grande joie de ses nombreux fans. Pour cette occasion le bon Joe Q. faisait appel à un nouveau venu s'invitant dans le monde des comics: Le réalisateur de films de geeks Kevin Smith (pour ceux qui ne replacent pas sa première œuvre "Clerks",  deux mots clés pour YouTube: Olaf et Berzerker). Lors de sa sortie en salle, Clerks, un film culte fait avec des bouts de ficelles,  m' a réellement fait mourir de rire. Mais j'étais cependant circonspect à l'annonce de l' arrivée de son papa sur un de mes titres préférés, le genre Kévin Smith pour moi, c'était des dialogues interminables parfois très fins et d'autres fois très lourds, mais toujours délicieusement drôle, à priori pas vraiment raccord avec le style Matt Murdock, qui certes n'était plus dans une période aussi sombre que sous Miller (voir la critique de Born Again) mais tout de même...(à lire façon vieille France)

Du bon et du moins bon...

Daredevil-kevin-smith-2Grace à son scénario prenant car intriguant (où veut-il aller avec cette histoire d'antéchrist ?) l'histoire se dévore d'un trait. L'ambiance elle aussi est nouvelle: Kévin Smith en avait besoin pour trancher avec le passé proche du héros (même si Nocenti avait déjà amené un peu plus de moments légers avec l'intronisation de personnages plus candides). Un peu d'humour et une forte cohérence avec le passé historique de DD ( Kevin Smith est un amateur du personnage, cela transparaît immédiatement, multipliant les références aux 30 ans de carrière du personnage de façon constante) laissent une première impression agréable... Pour le coté moins bon: le côté religieux de l'histoire m'a un peu gavé, si certains éléments avaient déjà fait leur apparition avec Miller pendant Born Again (sœur Maggie, l'église décor récurrent, le dispensaire...) jamais notre héros n'aura autant baigné dans cette imagerie religieuse presque cul-cul-la-praline je dois dire, visuellement d'abord, mais dans le scénario aussi: un bébé annoncé comme l'antéchrist ! j'avoue m’être un peu senti perdu dans cette histoire par moment. D'autre part on nous présente un héros déboussolé certes, mais pas comme je l'ai connu auparavant, plutôt comme un grand benêt: au bout de très peu de temps il songe quand même à se débarrasser de l'enfant pour arrêter cette spirale infernale qui s'abat sur lui ! c'est un peu rapide comme descente, et du coup peu réaliste. Pour tout vous dire (je suis un peu là pour ça 🙂 ) la scène où La Veuve Noire et Matt discutent sur un toit d'immeuble, peut résumer à elle seule ce que je pense de l'interprétation de Daredevil par Kévin Smith : amusante, intéressante, mais pas super crédible. Enfin le traitement de certains personnages notamment Foggy, Karen et Bullseye est parfois plan plan, et puis [Alerte  spoiler]  cette façon de se débarrasser de Karen comme pour marquer plus fort (trop fort?) son passage sur la série, me parait comme un moment presque artificiel qui n'a pas amené plus que ça, en tout cas pas autant que la mort d'Elektra de la même main quelques années avant (pour moi même moins fort que la mort de Heather Glenn précédemment). En outre, sous l'aile du diable regorge de longues scènes de dialogues sans actions ( je n'entend pas par "action" des coups de poings à gogo, on se comprend: mais du mouvement narratif pour l'histoire), or dans ce récit, par moments, l'action stagne comme pour propulser certains personnages de façon exagéré dans l'instant crée par le pitch. Cela peut ne pas être dénué de charme  (double négation: deux coups de fouet), mais peut aussi paraître ennuyeux si c'est utilisé de façon trop répété.

Au final Daredevil: sous l'aile du diable se lit agréablement, malgré les quelques maladresses d'un auteur novice dans la construction de ce médium. Sans rester dans les mémoires comme un passage historique dans l'esprit collectif, il offre de nombreux bons moments. Les dessins de Quesada sont plutôt inspirés et l'ensemble se dévore d'une traite. On lui préférera néanmoins les runs Miller-Janson, Nocenti-Romita Jr, Bendis-Maalev, Brubaker-Gaydos et surtout le magistral Born again.

[icon name="book" class="" unprefixed_class=""] 2*88 pages | [icon name="calendar" class="" unprefixed_class=""] 1999 | Panini France ou en VO: collection visionaries
Scénario7.1
Illustrations7.4
Ambiance7.2
Rythme7.1
Cohérence6.8
Top-Ten-O-Mêtre7.2
Sans être une tuerie, ce run très particulier dans l'histoire de Daredevil se laisse lire agréablement. Ce ne serait néanmoins pas mon premier choix pour se lancer et découvrir ce personnage, car peu représentatif de ce qu'il est vraiment.
Bande son conseillée: un truc funky, pour un DD très urbain, très bavard, et très hésitant. un bon Jimi Hendrix genre Wait Until Tomorrow / Bold as Love / 1967 puis pour se finir le run, un Smashing Pumpkins/ Ava Adore / To Sheila *1999
7.1
Notes des lecteurs: (2 Notes)6.8

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