SECRET WARS

secret-wars-1La maison des idées nous fait le coup du relaunch. Premier bilan sur les parutions du premier au troisième mois (environ 40*3 publications) :

Voici donc la suite de la destruction des univers Marvel, et l’avènement d'un monde à part constitué de plusieurs morceaux d’univers venant de toutes les histoires de Marvel depuis sa création. On y trouve donc des bouts des différentes Terres, avec des personnages comme les différents avatars de Thor, Wolverine, Fantastic Four, etc... Et des events du passé revus, corrigés ou poursuivis tels Marvel Zombies, Civil War, Age of Ultron, Age of Apocalypse, Siege, Korvac Saga, Planet Hulk, Inferno etc…

Ça y est, c'est donc la fin de tout. L'univers Marvel tout entier s'est effondré sur lui-même, la faute aux vilains héros qui ont trop forcé sur la manivelle de la singularité spatio-temporelle, et pour éviter la fin de tout (je fais bref : une collision entre tous les univers, puis l'explosion de l'homme molécule) Fatalis nous refait le coup de "je vole les pouvoirs délirants des Beyonders"... Ce n'est pas faute de les avoir prévenu ces lourdeaux mous du bulbe, hein ?! Ça fait deux ans que dans toutes les séries c'était dans les tuyaux, mais les héros (et vilains) n'en avaient cure... Et voilà le résultat ! Tout disparaît... Un grand blanc succède à cet univers coloré qui existe depuis 1961... Les auteurs (et éditeurs) se fendent même d'une épitaphe pour nous dire que, si si, ce n'est pas un artifice commercial, c'est bien la fin !

C'est bien la fin ?

Jusqu'au prochain relaunch donc, c'est bien la fin, on est d'accord là-dessus. Mais on nous a tellement fait le coup déjà que la mayonnaise prend nettement moins bien cette fois-ci. Je ne vais pas tourner autour du pot : Je trouve Secret Wars globalement très moyen (voir pire par moment). J'ai adoré la première mouture (1986), j'ai frissonné avec Age of Apocalypse, j'étais subjugué avec le Crisis of Infinite Earths de la distinguée concurrence, intrigué avec le relaunch Flashpoint (mais pas tout à fait convaincu encore), alors là, qu'est ce qui passe ? Peut-être est-ce l’énième série limitée consécutive (Civil War, Sin, Age of Ultron, etc...) qui aura fini par me lasser ? Cela ne va-t-il donc jamais s’arrêter ? On va les enchaîner pendant combien de temps ? Chez Marvel ils ont donc décidé que pour vendre un maximum de comics, il fallait passer de crise en crise ? Je ne sais pas pour vous, mais ce concept m'épuise. Ou alors l'impression que rien n'est vraiment neuf dans le concept ou le procédé... Entrons tout de même dans le détail.

Les bonnes surprises...

secret-wars-catégorie-1J'ai tout de suite accroché sur une série totalement anodine. Depuis trois mois, de toutes, c'est celle qui m'ambiance le plus. Pourquoi ? Elle est bien écrite, centrée sur un personnage plutôt rare, prend le temps de développer à la fois l'intrigue, la situation, la psychologie du personnage, l'humour cynique est omniprésent et surtout le rythme est juste. Elle possède juste un titre totalement improbable pour être la série qui se démarque du lot, mais c'est mon coup de cœur : MARVEL ZOMBIES de Simon Spurrier & Kev Walker, paru dans la revue éponyme (mais sans l'omniprésence de ceux-ci), avec comme protagoniste central Elsa Bloodstone (vu entre autres dans l'excellente série Nextwave), chasseuse de monstres de son état et projetée accidentellement dans une zone infestée de zombies. Pitch plus que léger mais plaisir de lecture présent. Bonus-cerise : Kev Walker est vraiment un illustrateur que j’apprécie de plus en plus, de ses débuts sur certains épisodes de Dark Avengers jusqu'à Avenger Arena (avec la présence de Cullen Bloodstone, frangin d'Elsa) et au Venom de Remender. La série m'a en plus, vraiment donné envie de reparcourir Nextwave pour vous en parler prochainement...

secret-wars-catégorie-3L'épine dorsale du projet SECRET WARS est la série centrale dessinée par un bon Esad Ribic et écrite par Jonathan Hickman, ça se lit plutôt agréablement après des débuts bougons de ma part. Le point fort de la série se situe aussi dans le choix des personnages mis en avant ici : L'homme molécule Owen Reece, toujours intriguant, qui revient après avoir été oublié des décennies (à part de très rares apparitions comme dans les Avengers de Déodato) et soudainement pivot de l'existence de l'univers Marvel, mais aussi le Docteur Strange et sa fine moustache. La qualité est cependant variable selon les épisodes (plutôt content à la lecture du deuxième album -épisodes 3 & 4- j'étais déjà plus réservé à la fin du troisième) avec toujours cette impression à la limite de la paranoïa (mais j'en suis conscient) que les comptables de Marvel ont décidés des points A et Z de l'ensemble du projet avec des passages obligés, et que les créatifs se débrouillent avec les détails pour combler (syndrome dit de "Sin & Siège").

secret-wars-catégorie-4Mentions acceptables également pour d'autres séries surprenantes comme "Where monsters dwell" de Garth Ennis & Russ Braun, mais totalement décalée de la série éditoriale de base, rien d'exceptionnel non plus, mais un ton humouristico-sarcastique à la Ennis, une narration sympatoche et quelques situations... Avec un arrière-goût d'hommage à une série qui m'avait beaucoup plus lorsque j'étais encore petite n'enfant, dans Titans : Skull de Bill Le tournoi des champions et l'arithmétique sont deux choses séparées Mantlo & Sal presque aussi bon que John Buscema, même concept de base, avec un héros transporté dans une époque préhistorique et pas grand-chose de plus... Mais bon, la nostalgie c'est quelque chose, et parfois c'est tellement bon d'y céder. Même constat et même conclusion secret-wars-catégorie-6pour la distrayante série Weirdworld (de Jason Southern bastards Aaron et du magique Michael Elektra Del Mundo : des personnages un peu oubliés du continuum Marvel de base, nostalgie aidant, revoir Arkon le magnifique (sic) et Crystar et les hommes de lave (série presque anonyme et de qualité discutable, totalement oublié, paru en France dans Spidey au milieu des années 80. Chapeau donc pour l'avoir intégrée à SW celle-là!) m'ont un peu mis la petite patate, mais je ne peux pas non plus m'enflammer comme devant un chef d’œuvre, restons mesurés.

old-man-logan-1Old Man Logan se met également en évidence à travers une narration qui donne envie de parcourir cette histoire d'un vieux Wolverine (tout est dans le titre comme pour le Port-Salut) dont la trame principale semble être que ce Logan ci possède une certaine connaissance de ce qui devrait être (contrairement à la quasi-totalité des figurants de Secret Wars) aidé par le souvent sérieux à la tâche Brian Michael Bendis et un illustrateur qui n'en finit pas de confirmer son immense potentiel dans les plus purs lignées de Sieur Jae Lee, à savoir Andréa Sorrentino. Attendons de voir la chute car malgré de bons moments de lectures sur cette série, je reste circonspect quant à la finalité. Dans une moindre mesure, Sinister Squadron, 2099 ou Futur Imparfait sont également à surveiller, mais d'un œil un peu fainéant...

Ça sent l'eau de boudin...

secret-wars-6Il existe aussi dans la ligne Secret Wars une toute autre manière narrative de procéder : les grandes sagas historiques de l'univers Marvel refondues, entre la ligne Amalgam, l'hommage au fan-service et la fondue savoyarde à la limite de la soupe populaire (ça peut être sympa lors de votre première bouchée mais ça sent juste le pain à l'huile plus on avance) : Korvac, House of M, Days of Futur Past, E for Extinction, 1602, etc... Bilan souvent pauvre, au mieux inégal... Ce n'est pas pour rien que ces sagas étaient souvent grandioses, si une bonne histoire pouvait se faire au détour d'un bois aussi simplement que changer de caleçon, on ne s'en souviendrait pas 10 ou 20 ans plus tard... Et puis ça me laisse une impression bizarre de toucher à des choses qui ne devraient pas être reprises en main. Comme de reprendre une œuvre d'art quelques siècles plus tard. Vu de l'extérieur, ça ne fait pas sérieux.

secret-wars-7Les plus médiocres sont dantesquement médiocres : 1602 et Captain Marvel & The Carol Corps entre autres, mais également Ghost Racers, A-Force (tellement cul-cul que cela pourrait être publié dans une revue petit poney), X-men 92 (on dirait une blague), pénible à lire jusqu'à l’irréel. D'autres encore se lisent sans souffrir mais ne veulent rien dire et ne mène nulle part, comme  Spider-Verse ou Spider-Island... Du combat, des cris, du combat... Et à la fin de la tristesse (pour le lecteur exigeant pas pour les héros).
Ça part dans beaucoup de directions, ça reprend parfois plusieurs fois certains personnages au point où scénaristiquement l'ensemble devient ridicule (exemple : plusieurs Simon Williams dans plusieurs séries comme si personne ne s'était donné la peine de coordonner les séries bis) tout cela tourne en rond, ne veut rien dire, sent qu'on veut occuper l'espace en mètre linéaire sur l'étal des magasins de comics sans vraiment d'idées, tout le concept de ces histoires est de voir soudainement apparaître un personnage connu (parfois seulement très légèrement modifié) en pleine page (ce qui est censé procurer une espèce d'excitation malsaine chez le lecteur de comics tel que vu par les auteurs semble-t-il, celui qui a un léger surpoids vous savez ? un cheveu sur la langue, qui met des chemises à carreaux rouges et s’esclaffe que "Thor est au moins auffi fort que Thanof, z'en veut pour preufe l'épivode 2294 de la férie... [bon je me calme.] ) et pas beaucoup plus... Quand c'est le cas, ça sent la misère à plein nez.

 Un bilan ?

Avant de conclure, je rappelle que pour la note, c'est bien d'une performance d'ensemble dont je parle, certaines séries sont au-dessus du lot, d'autres frisent le néant absolu. Mais je ne peux pas affirmer qu’après coup je me sois enflammé pour cet event (super-event ?), enfin pas plus que pour un autre, je ne suis pas un bon client pour ce genre de produit, cela me fait plus penser à un procédé commercial pour jeunes gogos. Si je m'installe et que je compare cette centaine d'épisodes à d'autres albums sortis ces derniers mois (notamment Vertigo ou Dark Horse), j'ai même plutôt le vertige tellement c'est pauvre, on va dire moyen. Surtout si j'inclue la partie portefeuille dans mon raisonnement. J'ai quand même songé l'espace d'une semaine à stopper d'acheter les productions parues en France (alors que j'ai commencé en 1980 et sans interruption depuis...) et reprendre plus tard, quand on reviendrait à la normale. Bon je suis un camé, donc je continu, je paye, et je vis d'espoir quant à la suite.

Encore deux mois à tenir, on verra bien si ça finit mieux.

Scénario5.8
Illustrations6.2
Rythme6
Ambiance5.4
Cohérence2.6
Top-Ten-O-Mêtre4.8
De bonnes surprises, des sacrés talents sur certaines productions, visuellement c'est plus réussi qu'à l'écriture. L'ensemble ne restera néanmoins pas comme culte. Au contraire, je m'en souviendrai probablement plus comme un gouffre financier que comme une révolution. Bonjour tristesse.
5.1
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