BATMAN : YEAR ONE

batman-year-one-2Apres avoir vu ses parents se faire assassiner sous ses yeux quand il avait six ans, le milliardaire Bruce Wayne, devenu adulte revient à l'aube de ses 25 ans dans un Gotham ravagé par le crime organisé. Mais malgré un entrainement intensif pour mener une guerre sans merci contre le crime rien n'est facile. Face à la corruption des autorités de la ville et leurs liens avec la pègre, Bruce, sous le déguisement du vigilant Batman, va forger une alliance avec un policier nouveau venu à Gotham : le lieutenant James Gordon.

Deux ans après Daredevil : Born again (en test ici), le duo infernal des années 80, Frank Miller & David Mazzucchelli remettent cela avec le Dark Knight, et avec le même brio. Si sur Born again, ils avaient brillamment révolutionné un personnage et son environnement, ici la tâche n'était pas moins ardue dans le sens où il fallait redéfinir les premiers pas (maladroits) du chevalier noir. Si batman-year-one-6ces origines maintes fois évoquées font partie du patrimoine de l'humanité, ses débuts en tant que caped crusader n'avaient fait que rarement l'objet d'aventures si ciblées (seul quelques retours lors de flash-back de-ci de-là). D'ailleurs au-delà de placer le point de vue sur Bruce Wayne de retour à Gotham, les deux auteurs vont mettre en lumière plus que jamais Gotham la sombre elle-même. Dès les premiers plans, l'arrivée croisée de Bruce et du commissaire Gordon, par des biais et avec des motifs différents, lors d'un dialogue croisé ou l'intelligence et la finesse suintent à travers chaque mot soigneusement choisi, va placer le mode de fonctionnement de ce récit : le parallèle entre deux personnalités qui vont fonctionner ensemble mais qui ne le savent pas encore. Une fois encore, Frank Miller fait montre d'une originalité qui va au-delà de la délivrance d'un scénario précis et percutant, mais s'attache également à nous livrer une construction scénaristique qui à travers sa lecture, nous procure la même sensation qu'un horloger admirant sa dernière oeuvre.

batman-year-one-4Si Bruce s'essaye, se cherche un style, se frotte à la pègre locale et au danger des rues pour prendre ses marques dans cette ville qu'il redécouvre, il n'en est pas moins déterminé à s'engager corps et âme dans la mission qu'il a voulu sienne. James Gordon, lui est friable, hésitant, il est transféré d'une autre ville pour avoir dénoncé les agissements de collègues ripoux et il semble jouer sa dernière carte pour ne pas perdre son emploi, il définit sa situation à l'inverse de celle de Bruce : il subit son transfert, son nouvel environnement, cette ville qu'il n'a pas choisi, la grossesse de sa femme, et même cette dernière puisqu'il va avoir une brève liaison avec une autre femme, le laissant totalement pantois dans son quotidien. Mais malgré l’enchaînement des événements non voulus, Gordon va petit à petit, sujet après sujet, s'affirmer comme un homme de convictions, il n'est pas ce genre de type qui pour protéger son emploi est en capacité de fermer les yeux sur les agissements des autres. Lui aussi est en mission. L'homme redevient ainsi ce qu'il a toujours été : un homme de loi intègre, puissant et fidèle dans ses convictions. C'est ce personnage qui se dessine à travers cette aventure, comme si au début il n'était qu'une esquisse grossière et malhabile, possédant déjà tous les attributs en lui, mais pas totalement dégrossit : après Year One, l'homme est dans sa version définitive. En un an, cette ville l'aura définitivement révélé.

batman-year-one-3Year One est un récit profondément humain et ancré dans le réel : Batman court pour éviter les balles, et lorsqu'il n'y parvient pas et s'en prend dans la jambe, il boite, Gordon cède à la tentation d'une liaison pendant la grossesse de sa femme, Bruce est frustré d'avoir déclenché des réactions dans la rue qu'il n'a pas contrôlé, Selyna Kyle (qui deviendra Catwoman) est une prostituée et sert de mentor à une gamine... Tout cela (et de multiples autres détails) rendent l'ensemble si palpable que cette histoire aura contribué à ancrer définitivement la mythologie de Batman dans cette ambiance quasi unique ou chaque personnage a son importance (Dent, Alfred, etc...). Dans l'esprit on est dans GOTHAM CENTRAL 20 ans avant l'heure... David Mazzucchelli a affiné son style désormais plus épuré que sur Born again, un poil plus cartoon (dark version), plus stylisé, mais l'effet visuel est saisissant. Tout est splendide, les décors, les scènes d'ensemble, les mouvements des corps, les couleurs... Des centaines de séquences sont ainsi gravées dans ma mémoire, Mazzucchelli a un don unique pour créer des images si fortes qu'elles restent présentes grâce à la persistance rétinienne, malgré les années qui défilent.

Si ce récit est important parmi tous ceux qui composent la grande aventure de ces personnages, c'est que jamais auparavant, l'on aura réussi à dépeindre une allégorie de la résistance et de la volonté humaine (Bruce Wayne & James Gordon) face à l'adversité d'une société qui se veut de plus en plus dure (Gotham). C'est cette volonté admirablement retranscrite par les deux auteurs, car inspirée et remplie d'émotions humaines (sensibles, fragiles et en capacité à échouer) et non totalement fictionnelles (à l'instar de nombreux héros), qui inspirera de nombreuses vocations : pour qu'un mouvement humain se déclenche ou se perpétue, il faut une inspiration à travers un modèle.

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Scénario8.6
Illustrations9
Ambiance8.1
Rythme9.1
Cohérence8.9
Top-Ten-O-Mêtre8.9
Puissant, racé, humain, intelligent, visuel, essentiel.
Bande son conseillée : Blur / 13 / 1992 / 1999
8.8
Notes des lecteurs: (4 Notes)9.8

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