UNSTABLE MOLECULES

Unstable-Molecules-2Unstable Molecules est une bande dessinée de Guy Davis (dessin) et James Sturm (scénario) publiée en une mini-série de quatre comics puis recueillie en album par Marvel Comics en 2003. Sturm imagine que, pour créer Les Quatre Fantastiques, Stan Lee et Jack Kirby se sont inspirés de quatre personnes qu'ils ont rencontrés à un cocktail de l'Université Columbia à la fin des années 1950. La bande dessinée suit la vie de ces quatre personnes fictives jusqu'à leur rencontre lors de cet événement mondain.

Je commence ma rubrique thématique de la semaine "les Fantastiques me manquent" avec cette petite pépite ovniesque sortie en Unstable-Molecules-12003, relatant le quotidien de quatre personnages à la croisée des chemins, Reed Richard, scientifique distant, mû par la logique et uniquement par elle, de Sue Sturm (comme le nom de l'auteur), sa jeune compagne délaissée, femme au foyer perdue dans une société qui est totalement étrangère à ces aspirations personnelles, cette Amérique des années 50 si loin des mouvements féministes à venir (étonnant d'ailleurs de voir les similitudes avec le personnage de Betty Draper, femme de Don dans la série télévisuelle culte Mad Men), de Johnny, son jeune frère cadet d'une quinzaine d'années dont elle a à présent la responsabilité depuis la mort de leurs parents, et qui ne trouve plus de sens à grand-chose, et enfin de Benjamin, ancienne gloire sportive au physique bourru et avenant, colloc' de Richard à la Fac et ami du couple depuis des années, désormais prof de boxe dans son quartier.

Les fantastiques ont toujours eu cette particularité parmi toutes les séries de super-héros, d’être une famille avant tout (ou tout du moins, ce qui se rapproche le plus de ce concept) et à Unstable-Molecules-6travers les âges, et non un assemblage de héros hétéroclites venant badger au début de leur journée de travail dans un groupe formé par une institution type organisation internationale ou milliardaire excentrique et dévoué à la cause de l'humanité. C'est précisément cette spécificité qui faisait de cette série, l'une de mes favorites, cette appartenance émotionnelle rendait les histoires plus fortes et plus impliquées que pour d'autres, comme les Avengers ou la JLA, où les identités étaient un secret entre eux pendant longtemps, ou encore les X-men, où le sentiment d'appartenance se situe sur le gène commun et la rencontre se faisait postérieurement à l'apparition de leurs pouvoirs. Les Fantastiques, étaient une famille avant l'accident qui les a transformés, et l'un des intérêts récurrents était cette relation qui continuait à se tisser années après années.

Unstable-Molecules-4Dans ce récit, point de super héros ni de choses extraordinaires, si ce n'est par brèves séquences liées à la rêverie des personnages (un peu comme dans la série culte des années 90 Dream on, une incruste d'une ou deux cases liée aux comics des années 50, renforce l'idée développée ou au contraire la renverse dans un effet de style assez brillant), mais une narration parfaitement maîtrisée, profondément ancrée dans le réel, qui donne envie de dévorer ce récit d'une traite. Les héros semblent perdus dans leur vie quotidienne, quel que soit leur statut, comme si il leur manquait définitivement quelque chose. Une ambiance assez étrange s'en dégage, à mi-chemin entre les comics indépendants et le what if contemplatif, entre les Noces rebelles de Sam Mendes et Sur la route de Kerouac. Un Guy Davis encore mouillé derrière les oreilles illustre avec style et inspiration cet instant de leurs vies, mais il est encore loin de son trait actuel sur BPRD, et c'est avec un œil tolérant qu'il faut aborder l'ensemble, mais tout est cohérent, des illustrations minimalistes, à la solitude de leurs vies séparées et pourtant proches, des dialogues toujours justes rendant les émotions contenues extrêmement palpables, aux parallèles métaphoriques permanents entre unstable molecules et l'univers classique, qui en conséquence sont d'autant plus touchant (la distance liée à l'incompréhension sociétale de Red, la sensation de disparaître ou d'être invisible aux yeux des autres pour Sue, Johnny qui semble vouloir brûler plus fort que sa vie actuelle, et enfin un Ben si bourru et maladroit avec le genre féminin qu'on pourrait penser qu'il n'est constitué que de pierres),  le rythme, enfin est parfait.

Un procédé narratif décalé, efficace en diable, pour la plus grande équipe de super héros de tous les temps (terme déposé par Stan Lee) et un concept de poupée russe : le tout est construit de tel sorte que le lecteur pense que l'histoire est basé sur des faits réels, inspirés de diverses sources documentaires, par un auteur qui laisse supposer que des membres de sa famille aurait contribué à ce pan de la mythologie Marvélienne, mais là encore, l’auteur s'amuse à créer un univers fictif délirant. Un régal d'inventivité et de malice.

[icon name="headphones" class="" unprefixed_class=""]Bande son conseillée: Timber Timbre / Run from me/ Hot dreams / 2014

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