ET SI JANE RICHARDS ÉTAIT MORTE ?

What-If-42-1Nous sommes de retour en 1968 lors de l’accouchement du premier enfant de Jane & Red Richards. Les complications dues aux rayons cosmiques font leurs apparitions, et mettent en danger mère et enfant. Les Fantastiques, par l'intermédiaire de leur génie de chef pensent pouvoir les sauver et se lancent dans un road-trip dans la zone négative pour décrocher la capsule cosmique du cou d'Annihilus (l'imbécile s'en sert comme pendentif décontracté), et reviennent sur terre, pour sauver à temps Jane et le petit Franklin. Prémices d'une période un peu plus sombre pour les FF, et récit d'une sacrée puissance émotionnelle qui a dû retourner nombres de jeunes lecteurs (j'imagine déjà le courrier que Stan & Jack ont dû réceptionner). Le What If du jour (de 1983 de Peter B. Gillis & Ron Frenz) reprend cette histoire pour y ajouter une variable dans l'équation : quelques minutes de plus de perdu qui, malgré tous leurs efforts, conduira Jane à mourir en salle d'accouchement devant l’effondrement du trio restant.

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Ben Grimm, pour une fois le plus mesuré des quatre.

Les What if ? (Et si ? En français publiés dans les années 80 dans le cultissime mensuel Spidey) restent un objet assez étrange. Bâclés au niveau de la qualité, les scénarios étant souvent uniquement basés sur des pitchs de départ aménagés pour l'occasion avec deux pots de fleurs et un décor de carton-pâte, comprenant pas mal d'errements, et les illustrations étant fréquemment confiées à des jobbers ou autres troisièmes couteaux, l'ensemble aura tout de même marqué une génération, la faute à ce concept absolument démoniaque : des moments clés qui n'auraient pas tournés comme dans la réalité (on se comprend vous et moi), et qui conduisent à des changements radicaux pour nos personnages favoris. Cette série aura contribué à me faire gamberger, enfant,  jusqu'à l'épuisement, sur le concept philosophique du "moment charnière", mais je m'égare... Parmi l'ensemble de la production (plutôt moyenne, il faut donc l'avouer), celui-ci est resté plutôt prégnant dans mon esprit. Non pas seulement par une légère différence de qualité, mais bien par la trace émotionnelle intense qu'il avait laissé en moi.

Un seul être vous manque...

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Le décorum si particulier des FF toujours présent.

...Et tout se barre en couilles, oui c'est bien de cela qu'il s'agit, rien d'autre. La première partie du récit expédiée comme un livreur de pizza au moment du pourboire, le rythme de l'histoire se fige soudain et l'ensemble monte de pas mal de niveaux. Les éloges funèbres déclenchent officiellement le festival des glandes lacrymales. Red apparait aux funérailles changé, froid, distant, comme débarrassé de toutes émotions. Sa vie est définitivement terminée et sa conscience exacerbée de cet état va tout bonnement le conduire à se venger. Mais une vengeance dont le parfum serait tout particulier, mené par un scientifique calculateur et organisé, détaché, dont le pouvoir peut prêter à sourire, mais dont l'aspect pratique le rend quasi invincible, qui veut à la fois en finir avec celui qu'il considère comme responsable de la mort de sa femme, mais également avec lui-même. Les moments finaux (où son émotion reprend le dessus) se veulent à la fois touchant et désespérés, c'est réussi... J'en ai pleuré des litres sur ces épisodes, et je dois avouer qu'encore aujourd'hui cela fonctionne relativement bien sur moi (je suis une bonne victime, j'avoue), sans savoir si la puissance du souvenir de mon émotion d'enfant est déterminante ou si l'histoire est réellement poignante. Red ne m'a plus jamais semblé le même après cet épisode : j'ai toujours eu la sensation qu'une bombe à retardement était en lui. Il m'a fallu du temps pour accepter qu'elle était en chacun de nous. (...)

Vous pouvez reprendre une activité normale.

Mister Fantastic n'est finalement qu'un homme.

Mister Fantastic n'est finalement qu'un homme.

Avec ce récit je conclus officiellement la semaine des fantastiques, en espérant avoir un peu réhabilité l’intérêt des lecteurs potentiels. La franchise numéro une de Marvel pendant des années à un potentiel unique en son genre, elle a inspirée tant de saga homériques, des œuvres cultes de Stan Lee & Jack Kirby (pop art à gogo & imagination débridée), à la fameuse période de John Byrne (rationalisation & cohérence), aux nombreux hommages générationnels (la First Family dans Astro City, Unstable Molecules par James Sturm, etc...), jusqu'aux relaunch de Mark Millar  & Jonathan Hickman. Tant de numéros peuvent être mis en avant, procurant toujours un plaisir à la fois nostalgique et si agréable : celui de vivre des aventures hors normes en compagnie de quatre personnes qui ont fait le choix de vivre ensemble quoiqu'il arrive.

[icon name="headphones" class="" unprefixed_class=""] Bande son conseillée : Dj Shadow / The Less you Know, the Better / Sad and Lonely / 2011

ff-final

Les FF, c'est de la culture.

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