LA CONFRÉRIE DES CARTOONISTS DU GRAND NORD

seth-1Si vous vous rendez à Dominion, sur Milverton Street, vous tomberez sur des immeubles à colonnades d'une autre époque. Au numéro 169, un bâtiment imposant semble avoir fait son temps. C'est la G.N.B.C.C. (prononcez double C) : La Confrérie des Cartoonists du Grand Nord, érigée en 1935. Jadis ce club regroupait un grand nombre de dessinateur de bande dessinée, archivait leurs travaux et trophées, conservait le souvenir de conversations endiablées sur le métier de cartoonist. Aujourd'hui, la Confrérie tombe en désuétude. La bande dessinée de papa, c'est loin ! L'époque n'est plus aux cartoons ni aux b.d. artisanales composées avec soin. Seth, un éminent membre de cette confrérie va s'évertuer à en perpétrer le souvenir...

seth-2Seth, l'auteur de ce nouvel opus inclassable, est un personnage à part. Découvert dans les pages des romans graphiques de son ami Joe Matt (Strip-Tease, The Poor Bastard, Epuisé), dans des dialogues absolument savoureux et géniaux, je me suis attelé à déguster patiemment son œuvre, empreint de nostalgie, de respect absolu aux pionniers et de malaise de vivre dans cette société actuelle qu'il peine à comprendre. Graphiquement si le style interpelle le néophyte dans les premiers instants, on ne peut que tomber sous le charme de ce coup de crayon magique, entre l’icône et l'hommage mélancolique aux temps passés. Des couleurs si particulières qui donnent le ton à des digressions charmantes et atypiques sur des lieux, des personnages fictifs, des auteurs eux aussi, issus de l'imagination feutrée de cet auteur unique et si attachant.

seth-6Si la Confrérie des Cartoonists du Grand Nord m'a dans un premier temps moins plu que ses romans graphiques précédents (Wimbledon Green le plus grand collectionneur de comics du monde, Georges Sprott, Palooka Ville), c'est que le fil conducteur de la narration semble extrêmement abstrait : Nous sommes entraînés à visiter des lieux dont la grandeur est passée, d'une confrérie sur le déclin. De cadres en décor, prétextes idoines, Seth nous conte en quelques mots les travaux et les vies des uns et des autres, nous livre des anecdotes improbables et crée des liens avec un univers tout droit sorti de ses fantasmes. La magie opère, et je me laisse bercer dans cet univers trichromique si attirant pour un nostalgique en puissance comme moi, dont le rêve récurrent depuis ma tendre enfance est de tomber sur des malles de greniers contenant des comics oubliés de tous, et véritable trésors. Je suis une proie facile.

La vie intérieure de Seth est immense, et il nous la fait partager à travers ces contes sans morales ni chutes, parvenant à nous faire ressentir le manque d'une période classique et élégante que nous n'avons pas connue. Graphiste poète, Seth est unique, et ses lectures fascinantes. À découvrir, à humer, à toucher, avant de fermer les yeux et de se rappeler les caresses sur la joue, si affectueuses de sa grand-mère, lors des longues séances de lecture de son enfance...

[icon name="headphones" class="" unprefixed_class=""] Bande son conseillée : Tristeza / A colores / Abrazo Distante /2005

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[icon name="book" class="" unprefixed_class=""] 137 pages | [icon name="calendar" class="" unprefixed_class=""] 2012 | DELCOURT

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