PROJETS MANHATTAN

manhattan-31942, Ministère de la Guerre, le général Leslie Groves reçoit Joseph Oppenheimer dans son bureau. À l'issue de l'entretien, il souhaite la bienvenue au savant dans « les projets Manhattan ». Si le point de départ de cet étrange opus de Jonathan Hickman est somme toute classique, le reste est plutôt déroutant. Derrière la façade de l’équipe concevant pour les Etats Unis une bombe atomique, on découvre peu à peu que leurs recherches ne se limitent pas « simplement » à ce domaine. Les autres personnages à se partager les rôles de cette aventure, à savoir Richard Feynman, Enrico Fermi, Harry Daghlian, Wernher Von Braun, Albert Einstein et le président des États-Unis Franklin Roosevelt sont d’autant plus surprenants et déroutants qu’ils sont déformés à travers le prisme de la vision particulière et délirante de cet auteur qui avance tranquillement en direction de la rubrique inclassable. Ainsi, le lecteur apprend que Joseph Oppenheimer avait un jumeau prénommé Robert, aux pensées et agissements plus qu’inquiétant, qu’Albert Einstein, reste muré dans son silence tout en ne lâchant pas des yeux un étrange monolithe, que des dispositifs existent pour que le président puisse survivre à sa mort, et de bien nombreux concepts de ce type encore… Jouissif

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Jonathan Hickman est un scénariste définitivement bien à part, mais encore plus quand il travaille sur des projets perso chez Image (East of West) la liberté de ses thématiques favorites trouvant ici pleine mesure pour s’exprimer avec des personnages neufs et totalement à sa merci. Le pépère est spécialement friand du concept de réalités parallèles, de versions alternatives et d’imbrications improbables et distordues. Avec "Manhattan Projects", nous sommes réellement au cœur de la possibilité créative de dérouter le lecteur en tordant une réalité connue, et comme souvent avec cet auteur, si les choses se compliquent dans l’histoire, elles s’éclaircissent pour le lecteur car il rassemble peu à peu les éléments de compréhension. Quand je dis peu à peu, je pèse mes termes: au bout du premier album, le sentiment qui prédomine est d'avoir à peine effleuré le potentiel du récit dans sa globalité, et qu'il y a encore tellement de pistes entrouvertes qui ne demandent qu'à être suivies !

Pour la partie graphique, Nick Pitarra ( Red Wing ) peut laisser une impression mitigée. Parfois géniale et extrêmement détaillé à la manière d'un Geoff darrow, parfois brouillone et à peu près, comme s'il ne maîtrisait pas totalement ce qu'il avait entrepris de faire, il laisse tout de même fortement la sensation de s’être bien éclaté à illustrer ses personnages si différents des standards habituels et bien souvent inquiétants à souhait, et c'est en conséquence avec un plaisir non dissimulé que cet album un peu dingue se parcourt.

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