SOUTHERN BASTARDS

Certains matins, vous sentez d’emblée que tout va prendre mauvaise tournure. Apres un réveil difficile, précédé d’un cauchemar dont vous peiniez à vous extraire, dans lequel vous étiez recouvert de centaines de punaises, au beau milieu  d’une rue bombardée au napalm accompagné d’improbables sons distordus, quand le premier acte notable de votre journée est de vous exploser le petit orteil sur votre table basse, que vous enchainez en vous asseyant sur la selle de votre vélo, sans vous apercevoir que celle-ci est complétement trempée, vous mouillant largement l’entrejambe et ce pour quelques heures, dans une froide matinée de fin d’hiver froid et pluvieux, alors que vous pensiez vous rendre sur votre lieu de travail pour passer une matinée somme toute peinarde. A ce moment précis, vous savez que vous allez connaître une vraie journée de merde. Le plus important dans ces cas-là, est de rester la tête froide car il y a un fait irréfutable qui ne peut que vous aider : celui qui, d’une manière implacable, brise la dynamique négative. Il n’y a qu’à l’attendre tout en espérant que ce moment ne tarde pas trop. L’opération bullshit-storm from Hell prend fin officiellement lorsque le fait positif lui balance un énorme coup poing dans la gueule, le laissant pantois jusqu’à la sournoise prochaine offensive… Il convient simplement dans de telles circonstances de tenter de demeurer calme et de serrer les dents, tenir bon, et rester droit dans ses bottes alors que le monde entier vous chie à la gueule.

Cette situation, c’est à la fois la mienne lorsqu’en cette fin de journée, enfin, mon cycle s’est stoppé et ce, grâce à la lecture de cette petite merveille de deux auteurs prénommés Jason, provoquant soudainement une embellie inespérée et presque trop grandiose dans ma sinistre routine de ce bien triste jour, mais également celle des personnages de cette série coup-poing-dans-le-bide, au ton et à l’ambiance assez unique, qui eux par contre ne sont apparemment pas prêt de pouvoir vérifier par l’usage mon si précieux adage.

Dans le Tome 1 nous avions laissé un Earl Tubb bien mal au point, lui qui revenait dans la bourgade de son père pour vider la maison de famille suite à son décès, tout en espérant repartir au plus vite de cette abominable ville paumée dans le trou du cul de l’Alabama qu’il avait quitté voilà 40 ans. Il avait suffi d’une altercation avec quelques locaux pour transformer ce séjour en descente aux enfers. Un enfer personnifié par le personnage d’Euless Boss, coach de l’équipe de football local et ennemi juré de feu le shérif Tubb, paternel d’Earl. Si le Tome 2 faisait la part belle à l’iconoclaste Boss et son trouble et passionnant passé, ce dernier opus nous plonge plus en avant encore à la découverte des autres personnages de cette improbable galaxie sudiste. En tant que lecteur aguerri, je pensai deviner ou Jason Aaron et Jason Latour voulait nous emporter avec cette merveilleuse entrée en matière. Que dalle ! Les contrepieds sont nombreux, et sans vous spoiler pour autant, je peux néanmoins affirmer qu’après 14 épisodes, je suis ailleurs qu’à l’endroit où mon instinct voulait m‘amener. Le mode cinématographique est enclenché dès les premières scènes dans une composition et une narration absolument parfaite, mais les  dialogues, par-dessus le reste, sont encore plus savoureux: de la pure adrénaline se dégage en permanence des pages que vous tenez bien fébrilement entre vos mains de petits Européens polis et endormis.

C’est poisseux à souhait, violent, cradingue mais subtil, ça sent la testostérone malsaine, la sueur d’un t-shirt sans manches aux couleurs du drapeau confédéré bien trop porté, l’essence de térébenthine qu’on se fait en inhalation au petit déjeuner, le poil humide du chien qui grogne salement sous le pick-up, l’eau rance, la sauce barbecue épicée et affreusement sucrée, le bois pourri des terrasses qui laissent transparaitre des soubassements obscurs emplis de secrets dégoulinants, l’odeur de gazon coupé mélangée à celle de la merde… C’est horriblement bon à parcourir, ça vous réveille un corps et une âme totalement apathique, abrutie par le confort de notre société policée, propre et absolument hypocrite.

 

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Scénario8
Illustrations7.7
Ambiance8.2
Rythme7.9
Cohérence7.7
Top-Ten-O-Mêtre8.1
Vos yeux sont restés écarquillés de bout en bout devant Délivrance lorsque vous étiez plus jeune? L’ambiance de True Detective vous a filé une putain de chair de poule ? L’esthétique de Shérif fais-moi peur ! vous donne envie de renier les valeurs ancrées dans votre famille depuis des décennies? Attendez de lire Southern Bastards et de découvrir patiemment la galerie de personnage gravitant dans cette putain de ville de cauchemar de Craw County…
Bande son conseillée: Grinderman / Grinderman 2 / Heathen Child / 2010
7.9
Notes des lecteurs: (1 Note)9.4

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