THE WICKED + THE DIVINE

Ces néo-Dieux donnent des concerts kitsch pour recruter des fidèles.

Tous les quatre-vingt-dix ans ou presque, douze dieux se réincarnent dans le corps de jeunes adultes. Ils sont charismatiques et brillants. Ils se tiennent devant des foules immenses, qu'ils emmènent dans l'extase à travers des langues inconnues. La rumeur veut qu'ils soient capables de miracles. Ils sauvent des vies, que ce soit métaphorique ou concret. Ils sont aimés. Ils sont détestés. Dans moins de deux ans, ils seront tous morts...

David Bowie a mangé Billy Idol.

Mélange étrange, improbable et détonant, entre grandiloquent-ridicule et surprenant-novateur, The Wicked & The Divine met tout d'abord mal à l'aise et intrigue. Les pages se dévorent néanmoins à très grande vitesse, tellement l'objet de l'histoire est traitée de façon fraîche. Les Dieux dont on parle dans cette histoire sont pénibles à souhait tellement ils s'écoutent parler et se regardent le nombril constamment, et tout cela est tellement emblématique de notre société actuelle que cet ensemble surfait prend petit à petit du sens. Le couple d'auteurs dégage une vraie identité narrative, après Young Avengers, on retrouve les même éléments, c'est à la fois extrêmement immersif et d'un ego qui semble surdimensionné. Le dessinateur Jamie McKelvie (Phonogram, Young Avengers) possède un trait propre comme un trottoir de Lisbonne le dimanche, on se croirait en permanence dans un magazine féminin pour adolescentes prépubères et mal dans leurs peaux, et à chaque page je m'attend à trouver un conseil pour résorber le nombre de points noirs ou autre régime minceur d'avant été; Perturbant mais étrangement plaisant (d'accord, je le concède, je feuillette régulièrement les magazines féminins de ma conjointe, et ce n'est pas sale!). Coté Scénario, Kieron Gillen est parfois sobre et efficace (Iron man, Young Avengers) et parfois très approximatif (Journey into Mystery, AvX) comme s'il ne savait pas très bien ou il voulait nous emmener le bougre, "qu'importe la destination, pourvu qu'on ait le voyage? ". Ici le résultat est complexe à déchiffrer. La narration semble plaisante, attractive et donne constamment envie de poursuivre, mais de concert, ça tourne souvent en rond comme pour faire artificiellement durer le plaisir (syndrome Mc Farlane).

Allons un peu plus loin dans le monde merveilleux et coloré de "The Wicked"

Esthétiquement c'est recherché.

La mythologie de ce panthéon est variée et cosmopolite, on emprunte des influences divines un peu partout pour former une version moderne d'un aréopage ultime. Bon point, effectivement car c'est plutôt rafraichissant. Les jeunes choisis pour incarner ces nouveaux Dieux proviennent tous sans exceptions d'Angleterre, plus pratique scénaristiquement mais diablement ridicule...Des clones de Rihanna, de Kanye West ou de Bowie passent un temps incalculable à soliloquer entre eux dans un verbiage aussi redondant que pédant, mais c'est diablement bien écrit...Voilà tout mon problème avec cette série, j'accroche à la lecture, mais tellement de points me paraissent grossier ou futile comme un sac Longchamp porté comme une sotte par le bras replié d'une ado à mèche multi-clonée, que je me sens gêné d'aimer. Kieron Gillen semble aimer porter aux nues les centres d’intérêts humains jugés futiles par les bien-pensants: musique pop, jeux vidéos et culture people, mais il me semble qu'en même temps on peut y voir également l'abrutissement monumental que cela produit en parallèle...la culture de masse induit inévitablement un appauvrissement individuel. C'est peu dire que je me sente mal d'y participer.

Phénomène de masse

Le style McKelvie s'inspire de séquences cinématographiques tantôt brillantes, tantôt agaçantes.

Nier l'engouement populaire de cette série serait vain. Bien que cela ne veut rien dire à mes yeux (regardez les scores d'audimat de Koh lanta ou des ventes de CD de la fouine si vous n'en êtes pas certains), cela frise même parfois l'hystérie. Pour tenter de comprendre ce concept pas si étonnant que cela, voici le courrier d'une lectrice contenue dans le neuvième épisode: «J’ai passé tellement de temps à souffrir de dépression je ne savais absolument plus qui j’étais (…) Je ne savais même plus de quel genre j’étais (…) Et puis il y a eu Inanna (NDLR: un des personnages du comics) . "Je peux être quiconque je veux être. Je peux être qui je suis". Je ne vais pas mentir, j’ai pleuré (…) Je vais me construire, découvrir mes vraies couleurs et tout ira bien. Je suis en train d’y arriver. C’est un processus très long mais c’est en train d’arriver. Tout ça essentiellement grâce à un comics qui parle de dieux, de cogner des gens et de musique…». Bon en somme, et ce n'est pas rassurant pour moi, voila une piste qui indiquerait que les adolescen(e)s mal dans leurs peaux trouvent dans cette série l’exutoire idéal pour chercher une confiance en eux, dans un monde ou le faux, le vain et le clinquant l'emporte bien souvent sur quoique ce soit d'autre...Mais chercher des réponses dans un objet tout aussi superficiel n'est t'il pas dangereux? (voir illusoire?). Pas tout à fait vrai, car The Wicked+The Divine est bien plus intelligent que la moyenne des référents littéraires ou audiovisuels que le monde déverse chaque jour en masse sur nos jeunes (ou moins jeunes) cerveaux, comme on remplit une auge à cochons avec un seau de merde. Non, la "vérité" n'est pas contenue dans l'album version collector des XX.

[icon name="book" class="" unprefixed_class=""] 176 pages  | [icon name="calendar" class="" unprefixed_class=""] 2016 | Collection Glénat Comics

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Scénario6.5
Illustrations6.6
Ambiance7.2
Cohérence6.9
Rythme6.9
Top-Ten-O-Mêtre7.7
Top 5 des gens absolument irréconciliables sur Terre :
5. Les fans de Star Wars et les fans de Star Trek
4. Les pro-Messi et les pro-Cristiano
3. Ceux qui préféraient U2 et ceux qui préféraient Depeche Mode
2. Les Israéliens et les Palestiniens
1. Les mecs qui adorent cette série et les autres
Bande son conseillée: Hole / Live trough this / Miss world / 1994
7
Notes des lecteurs: (1 Note)6.5

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