THE AUTHORITY

Des postures plus clichés les une que les autres, mais ça marche.

Apollo, Midnighter, l'ingénieur, le docteur, Jack Hawksmoore, Swift...Réunis par Jenny Sparks, ils prennent en charge le destin de l'humanité sous la bannière de "The Autorithy", contre-pouvoir le plus impressionnant sur terre, bande d'anarchistes libertaires qui reprend à son compte le rôle de gardien et de guide que les gouvernements et les dirigeants n'assument plus. Autour de Jack Hawksmoore, les membres de cette équipe protègent ce qui semble être leur vision de l'avenir.

Un blockbuster où on joue avec la caméra.

Warren Ellis est un scénariste talentueux, et cela se sent quasiment à chaque page : Il maitrise son récit de bout en bout, avance avec précision à l’aide de dialogues parfaitement construits et distille un rythme qui accroche le lecteur du début à la fin. Au-delà de cela, il a créé patiemment le postulat de départ de cette série en sacrifiant méthodiquement l'ancienne équipe(nommée Stormwatch) dont il avait repris les rênes quelques épisodes en amont, dirigée par une main de fer par le Weatherman, Henry BENDIX, sorte de Nick Fury conspirateur dont la fonction première est de coordonner l’ensemble des super héros qu’il sous la main pour contrer les menaces potentielles sur la planète entière. Ellis aura réussi le tour de force de faire de ce personnage fonctionnel un pivot incontournable et fascinant de la série, basculant du côté obscur à force de vouloir régenter de façon totalitaire et sournoise la destinée des hommes, (mettant ainsi en avant tous les dangers de laisser de tels pouvoirs dans des mains uniques). Durant les derniers mois à la tête de Stormwatch, Bendix forme plusieurs équipes conçus et pensées pour des actions différentes, l'une d'elle, Stormwatch Black est une équipe furtive chargée du sale boulot, qui n'a d'autre existence légale que de servir les intérêts immédiats (et complotants) de son créateur.

Mode cinémascope activité. On a des lunettes 3D en option?

Les personnages qui la constituent seront le terreau d'Authority. Cependant , bien loin de se croiser les bras en attendant le bon vouloir de ses supérieurs, ceux-ci prennent les devants, se renforcent de profils que Bendix craignaient comme L’ingénieur ou Le Docteur, ou en dénichent d’autres, et agissent dans cette ombre qui fait leur force. L’équipe dont la volonté est de devenir un contre-pouvoir, se définit notamment par le fait de vouloir agir en toute circonstance par le fruit de leur propre réflexion et non de dépendre de gouvernements ou de décisionnaires quelconques. Il s'agit ici d'un groupe autonome, qui non content de se proclamer totalement indépendant, voit les choses différemment des autres super-groupes: Ceux qui ont les moyens doivent agir de façon directe et brutale pour représenter une force puissante de dissuasion, mais également agir non pas en réaction aux événements mais de façon proactive. Leur conception de leur mission va jusqu’à guider les masses humaines vers ce qui semble être la panacée, quitte à déranger fortement l'ensemble des nations mondiales (et se créer un paquet d’ennemis au passage). D'entrée le ton est donné : on sait que les personnages de la série se dirigent irrémédiablement vers une situation proche du personnage qu'ils ont eux-mêmes combattu (cynisme humain quand tu nous tiens), la perception de l’humain lambda ne faisant pas la différence entre le Weatherman & Authority (le nom de baptême de leur groupe ne prête d'ailleurs pas à beaucoup d’équivoques à ce sujet). Si le message est clair, la méthode est spectaculaire, ces héros ne font pas dans la dentelle, le ton des dialogues entre les protagonistes est outrageusement direct, punch-line à l'appui, impertinent, politiquement incorrect et sans concessions. Un certain nombre de concepts sont novateurs pour l'époque et agrémente l’ensemble de ce soupçon de fascinant: Le vaisseau récupéré par l’équipe, le Porteur est immense et glisse dans un « univers de poche » entre les différentes réalités, Apollo et Midnighter, version alternative, de superman et Batman sont en couple et ne le cache pas vraiment, Jenny Sparks, véritable âme de l'équipe et voix de Warren Ellis par la même occasion est « l'esprit du vingtième siècle » (allez comprendre ce que cela signifie) manipulant l’électricité comme elle ouvre des bières, Hawksmoore communique avec les villes, Le Docteur est un shaman représentant (et choisi par) la Terre, bref  vous l'aurez compris l'ensemble est agréablement barré et diablement rafraîchissant. Les dessins de Bryan Hitch sont plutôt plaisants, et bien que je n'en sois pas particulièrement fan, collent vraiment bien avec le coté blockbuster à gros effets spéciaux.

Découpage efficace, éclairage aux petits oignons, et dialogues too much.

Tout n'est pas parfait bien évidemment. Tout d'abord il faut supporter ce côté "poseurs absolus avec une catch-phrase pour chaque action", c'est plaisant et grisant au début, et puis on sent qu'on est à la limite du pastiche parfois. Ainsi le Midnighter en plein combat, se lance dans des diatribes que n'aurait pas renié un Bruce LEE mâtiné d'un Bernard Henry LEVY (Mmhh, note à moi-même: je paierai pas mal pour voir ce concept), je cite en souriant: " Je sais quel mouvement tu vas effectuer, j'ai joué ce combat des milliers de fois dans ma tête, je peux te toucher sans même que tu me vois bouger" [moment génant]. De plus les aventures de l'équipe sombrent parfois dans une certaine violence gratuite, ceci amenant un tantinet de ridicule. Il s'agit toutefois d'un passage incontournable de l'histoire des comics, qui d'ailleurs n'aura pas que ramené du bon à bord, mais qui je pense aura été important pour son évolution...Authority aura ainsi contribué à une certaine surenchère globale qui m'aura déstabilisé pas mal de temps (surtout dans les mains d’auteurs moins talentueux)...

En conclusion, malgré ce tableau qui pourrait être peu flatteur, cette série est très attachante et se lit avec plaisir. Que le politiquement correct aille se faire foutre, Authority est là.

[icon name="book" class="" unprefixed_class=""] 200 pages  | [icon name="calendar" class="" unprefixed_class=""] 1999-2017 | DC ESSENTIELS
Scénario7.4
Illustrations7
Ambiance7.5
Rythme7.7
Cohérence7
Top-Ten-O-Mêtre7.6
Authorithy est le point de départ d'une aventure avec pas mal de moments bien conçus, surprenants et plaisants voir même amusants, des personnages attachants et devenus cultes, mais également de nombreux défauts agaçants, pour finalement avoir le bon gout d'amener le lecteur tranquillement vers l'Authority de Mark Millar et Frank Quitely, quelques années plus tard, développant plus en profondeur la relation super-groupe et pouvoir mondial.
Bande son conseillée: Primal Scream / Screamadelica / Higher than the sun / 1991
7.4
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