FUTURES END

Le monde est d’une incroyable violence. Chaque instant il est si aisé de s’en apercevoir. Prendre sa voiture et conduire sur l’autoroute, sentir le souffle rauque des conducteurs de SUV qui vous collent au cul car vous n’êtes « qu’à » la limite de vitesse, voir leur regard emplis de haine lorsque, soulagé ils vous dépassent, se hâter sur le parking du supermarché pour insérer sa voiture dans les emplacements prévus à cet effet avant que les personnes dans les mêmes cas de figure que vous n’explosent littéralement d’impatience, se frotter à la masse informe du peuple mourant d'envie de consommer et se ruant sur les centaines de tonnes d’animaux morts reconditionnés en emballages fluorescents, répondre aux multiples codes de l’humanité, tel que se déplacer à droite de l’allée avec son caddie, mettre immédiatement le chevalet qui délimite ses achats de ceux du client suivant sur le tapis automatique en caisse sous peine de regards courroucés, observer la laideur de la classe dominante de l’humanité éclairée par des néons blafards qui nous enlaidissent tous encore un peu plus, entendre les remarques acerbes des clients aux caissières pour obtenir des réductions ou des cadeaux aussi inutiles qu’exaspérants et ressentir le désespoir d’une employée qui subit simplement tout ce qui lui arrive quotidiennement sans alternative, pour le simple prix de, elle aussi pouvoir rentrer dans ce jeu informe et dégoûtant. Non, sans contestation, il ne faut pas faire un gros effort pour se rendre compte que la violence est partout et que les jours qui arrivent ne nous réservent que plus de ténèbres encore. Des ténèbres douces et profondes qui nous engloutiront comme on noie un chiot lentement en souriant. Cette violence est présente dans Futurs End, au propre et au figuré, comme des personnages qui disparaissent les uns après les autres, presque anonymement. Mais également dans un lendemain qui déchante, sombre, froid et inévitable ?

Futures End est le premier comics que je prends en main depuis un bail, la faute à la vie, qui comme une vielle pute, se lève chaque matin et fait son taf, inébranlable et toujours ponctuelle, quoiqu’il arrive. La faute au temps qui n’a pas beaucoup d’égards pour nous autres, et peut être à bien d’autres événements relatés petit à petit, dans TTC : The lost chapters (à découvrir prochainement). Toujours est-il que cette petite saga, noire à souhait, publiée par nos amis de chez Warner, m’a permis de sortir de ma torpeur et reprendre le gout de la lecture. Le pitch de Futures End est d’un classicisme navrant : Trente-cinq ans dans le futur, le satellite « l’Œil » devenu indépendant a mis sous sa coupe la quasi-totalité des super-héros, modifiés en cyborgs implacables. Les derniers justiciers encore libres mènent une résistance désormais futile et succombent les uns après les autres. Le dernier espoir réside dans le jeune Terry McGinnis, le successeur de Bruce Wayne en tant que Batman, téléporté dans le passé pour empêcher l’émergence de cette menace. Mais ce dernier arrive cinq ans trop tard. Dire que Futures End n’est pas révolutionnaire est plutôt un euphémisme, mais dans ce cas pourquoi me suis-je donc retrouvé happé par ce récit ? Oui, pourquoi ?

Classique mais solide ?

Futures End est un projet hebdomadaire qui date de 2014, DC en pleine Renaissance à ce moment, suite au relaunch nommé Flashpoint a tout de même un peu de mal à retrouver ses petits. Jeff LEMIRE, Brian AZZARELLO, Dan JURGENS et Keith GIFFEN sont appelés pour constituer de brillants duos avec une équipe de dessinateurs et produire à un rythme élevé cette série afin de donner un peu de visibilité à certains personnages tombés dans l’anonymat d’entre deux séries. Ainsi les projecteurs sont ici sur Atom, Frankenstein, Firestorm, Batman Beyond (Terry McGinnis, tiré de la série animé éponyme) et les transfuges de Wildstorm, Grifter en tête de liste. La lecture entre les deux époques du récit est aisée et agréable pour qui aime les histoires à la Terminator, mais avec moult clin d’œil réservés aux amateurs avertis possédant 70 ans d’histoires de comics en background. Les illustrations ne sont pas non plus splendides, Patrick ZIRCHER en tête, est sérieux et appliqué. Les autres dans sa roue (Jésus MERINO, Aaron LOPRESTI) ne laissent pas plus qu’une impression de professionnalisme, en aucun cas de génie mais, messieurs dames, il faut bien payer ses impôts (en tout cas l’alternance des styles ne perturbe pas plus que cela le chaland dans la lecture). Les intrigues parallèles développées par les auteurs se laissent néanmoins dévorer sans vraiment savoir ou tout cela va nous mener (le point de convergence final est bien obscur) comme une télé-novelas co-écrite par JJ Abrams et Todd Mc Farlane. J’ai tout de même traversé des sacrés moments où je me demandais ce qu’était ce joyeux bordel, tout en me disant de façon assez inhabituelle, que l’ensemble était tout de même extrêmement rafraîchissant. Un comble. La reprise en douceur après une longue abstinence ?

 

[icon name="headphones" class="" unprefixed_class=""]Bande son conseillée: Nine Inch Nails / This isn't the place / Add violence / 2017

[icon name="book" class="" unprefixed_class=""] 296 pages  | [icon name="calendar" class="" unprefixed_class=""] 2014-2015 | DC RENAISSANCE

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