REBORN

Bonnie Black est une vieille femme fragile que la mort effraie. Le jour de son décès, elle renaît en Adystrie, un monde fantastique en guerre. Rapidement elle apprend qu’elle est l’élue, celle qui devra libérer le royaume du mal qui le ronge. Pitch minimaliste pour une production minimaliste. Mark Millar (Ultimates, Wanted,…) génial et facétieux inventeur écossais de comics répondant souvent aux codes du grand écran, remet cela avec cette production fraîche comme la peau d’un nouveau-né, tout en complicité avec le célèbre Greg Capullo au style ici bien épuré (Spawn, Batman, etc…). L’idée est classique, certes et le résultat semble aussi plaisant à lire qu’un biscuit de Noel est bon à déguster, mais il manque cependant un paquet d’éléments pour un faire un mets exceptionnel.

Loin du compte ?

A la limite du cul-cul-la praline.

Le bon Mark s’est forgé un style qu’il maîtrise plus ou moins avec brio selon ses essais : celui du comics qui va droit au but en quelques épisodes pour la bonne et unique raison qu’il est « borné » à 5 ou 6 parties, point final. Saga éclair donc, qui reprend les poncifs habituels : découverte du héros ou des protagonistes, développement de l’intrigue en mode surmultipliée, situations de difficultés surmontées, et scène finale emballée-c’est-pesé. Si la mécanique fonctionnait élégamment sur Wanted (un peu le premier de la série avec ce mode opératoire) ou sur Starlight, elle me semblait déjà un peu s'être érodée sur Empress où j’avais la sensation désagréable de regarder un patchwork condensé d’un épisode de Star Wars matiné des poncifs du genre, et visionné en accéléré (j’entendais d’ailleurs presque la musique de Benny Hill en fond). Ici, point de répit, Bonnie meurt, renaît, revoit ses proches, part en quête, combat quelques amies d‘enfance (mortes également) reconverties en jalons de l’histoire, maîtrise ses pouvoirs, et hop, le Némésis est en point de mire et on le confronte au pas de charge. Ouch, au niveau du rythme, on prend une claque. Mark Millar a inventé l’anti Spawn, C’est-à-dire l’histoire qui entre le point de départ et la fin, va dix milles fois trop vite.

Tout vient à point à qui sait attendre?

Un bon chien ça.

Certains aspects de Reborn, sont tout de même bien agréable, notre petit écossais n’est pas dénué de talent, il l’a prouvé maintes fois par le passé: les dialogues sont clairs et précis, agréables, les situations parfois surprenantes (un petit peu, allez), l'ambiance de l’univers distrayante... oui je sais, ça ne fait pas bien lourd cette addition, il faut le reconnaître. Les dessins de Capullo, sans me toucher plus que ça, sont rudement soignés, tout est plein de couleurs vives et chatoyantes et son style de plus en plus épuré (en opposition à son travail sur Spawn) s’accorde parfaitement à l’univers choisi. On sent que les deux compères se sont amusés à se lancer dans ce trip Heroic-Fantasy. Reste que le bilan est tout de même bien maigre, voire famélique, avec des animaux héroïques (bof) des anciennes copines devenues des déesses qui peuvent régler les situations mais qui font la gueule (re-bof) un bad guy final quasi transparent (re-re-bof), des papas fiers de la combativité de leur progénitures (pfff) et une morale en fin d’histoire qui me laisse un peu navré (oui la mort ça fait peur quand on vieillit, mais on a pas le choix). Quelques rares moments semblent un peu plus touchés par la grâce mais ne justifie pas l’achat de cet opus qui restera comme le travail le moins abouti de Millar depuis longtemps. Dommage, l’association promettait beaucoup, mais on repassera pour le résultat.

 

[icon name="headphones" class="" unprefixed_class=""]Bande son conseillée: Rickie Lee Jones / I won't grow up / Pop Pop / 1991

[icon name="book" class="" unprefixed_class=""]  176 pages  | [icon name="calendar" class="" unprefixed_class=""] 2017 | PANINI COMICS

Scénario5.7
Illustrations7
Ambiance6.6
Rythme5.1
Cohérence5.2
Top-Ten-O-Mêtre5.4
Mauvaise surprise de cette fin d'année, Reborn catalyse certaines mauvaises habitudes de Mark Millar: Trop rapide, trop quelconque, trop oubliable. Reste quelques rares bons moments et un graphisme soigné.
5.8
Notes des lecteurs: (2 Notes)6.6

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